Vers la fin des stéréotypes sexistes ?

Vers la fin des stéréotypes sexistes ?

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Les femmes n’auraient en général pas le sens de l’orientation, seraient nulles en maths ou incapables de se décider sous la pression… Les hommes ne seraient de leur côté, ni  « multi-tasking », ni dotés d’intuition émotionnelle... Les clichés sexistes ont décidemment la vie dure et entretiennent les inégalités hommes-femmes. Comment se manifestent-ils ? Peut-on invoquer, sans perdre de vue le conditionnement sexiste de notre société, des différences biologiques entre les deux sexes pour justifier certaines aptitudes ou sensibilités spécifiques à la femme ou à l’homme ?  Et ne vivons-nous pas actuellement un moment charnière qui annonce la fin de certaines visions réductrices ?

 

La force des clichés sexistes dans l’inconscient collectif

On peut définir un stéréotype comme « la caractérisation symbolique et schématique d’un groupe qui s’appuie sur des attentes et des jugements de routine » (Larousse). Un stéréotype n’est pas forcément négatif, - on a par exemple tendance à définir les femmes comme douces et sensibles -, mais il est souvent très réducteur. Le sexisme est quant à lui « le recours aux caractéristiques biologiques entre les sexes pour établir des différences de statut, position ou de droits entre garçons et filles ». Dans le cadre d’une recherche menée dans trente pays, des sociologues ont relevé six adjectifs typiques utilisés pour qualifier les hommes : « fort », « dominant », « énergique », « indépendant », « aventureux » et « masculin ». Tandis que seulement trois caractéristiques étaient associées aux femmes : « sentimentale », « soumise » et « superstitieuse ». Les clichés hommes-femmes figent les rapports sociaux et se transmettent au sein de la société comme des évidences. Ils découlent notamment de la catégorisation qui est effectuée dès le plus jeune âge. On a plutôt tendance à encourager les petits garçons à se montrer forts, déterminés et à ne pas étaler leurs sentiments et les petites filles à être calmes, douces et dévouées. Les rayons jouets sont une parfaite illustration de ce penchant : les petites filles y trouvent tous les attributs de la parfaite ménagère qui se doit d’être aussi féminine : poupées, mini-cuisinières, costumes de princesse, sans oublier le maquillage et les mini bijoux, tandis que les garçons se voient surtout proposer des jeux visant à développer le sens de l’action et de la découverte : camions de pompier, jeux de construction ou équipements sportifs. Notons tout de même les efforts récents de la part de l’industrie du jouet pour produire des articles asexués.

 

Existe-il un déterminisme biologique ?

Des études récentes ont confirmé qu’il existe bien des différences au niveau de la structure du cerveau des hommes et des femmes. Les connexions du cerveau chez l’homme  sont plus fortes au niveau d’une même hémisphère, ce qui accélère la vitesse de traitement des informations et les tâches liant la perception à l’action. Chez la femme, les connexions sont plus fortes entre les deux hémisphères du cerveau, ce qui favorise le raisonnement et l’intuition et donc une meilleure intelligence émotionnelle et capacité de langage. Si ces conclusions scientifiques permettent d’expliquer certains attributs plus marqués chez l’homme et la femme, il semble important de relativiser. Il s’agit ici de statistiques permettant d’établir une moyenne, mais ne représentent pas tous les hommes ou toutes les femmes. D’autre part, de nombreux chercheurs insistent sur l’importance de la plasticité de notre cerveau : Comme le souligne Catherine Vidal, neurobiologiste : « le cerveau fabrique sans cesse de nouveaux circuits de neurones en fonction de l’apprentissage et de l’expérience vécue… ».  « Ce n’est qu’à l’âge de 2 ans, à mesure que ses capacités cérébrales se développent, que le petit humain réalise son appartenance au genre masculin ou féminin. Or, bien avant, son environnement a été sexué au travers de ses vêtements, de ses jouets… Mais tout n’est pas joué pendant l’enfance. A tout âge, la plasticité du cerveau permet d’acquérir de nouveaux talents, de choisir différents itinéraires de vie ». La pratique du piano par exemple augmenterait les connexions entre les deux hémisphères du cerveau, sans que cela induise qu’un petit garçon se transforme en fille !

 

Evolution des mentalités 

 Les « prêts-à-penser » sexistes contribuent à la persistance des inégalités hommes-femme : au niveau des salaires, dans l’accès aux postes à responsabilité ou à certaines filières de type scientifiques, dans la répartition des tâches domestiques mais aussi dans les représentations, que ce soit dans la publicité ou le cinéma. Les clichés sexistes peuvent également être mal vécus par certains hommes : le devoir de réussite sociale, de se montrer fort en toutes circonstances, la pression pour entretenir le foyer ou encore le manque de valorisation de la paternité peuvent donner le vertige…  Les perceptions ont heureusement tendance à évoluer de manière positive. Une enquête réalisée sur Internet par Mediaprism pour ELLE et le Laboratoire de l’Égalité en 2011 relevait que la plupart des hommes et femmes sondés encouragent le principe de la parité. Il leur paraît par exemple évident que les femmes puissent accéder aux mêmes postes à responsabilité que les hommes. Si ça semble bouger dans les têtes, la même étude montre en parallèle que les clichés restent bien ancrés : presque la moitié des sondés pensent qu’il est plus douloureux pour les femmes de ne pas avoir eu d’enfants ou que les hommes souffrent plus que ces dernières d’être sans emploi. Les mœurs semblent donc évoluer doucement mais espérons-le, sûrement ! L'égalité entre les femmes et les hommes est au cœur de nombreux débats actuels et a été proclamée "grande cause du quinquennat" par le président Macron. Réjouissons-nous également qu’autant d’initiatives de sensibilisation soient menées dans les établissements scolaires ! 

Que vous évoque ce sujet ? Que pensez-vous des clichés sexistes et quels sont ceux qui vous interpellent le plus ? Vos témoignages nous intéressent.

 

Photo © Adobe – Auteur :  dvulikaia

charlotte4575, 09.01.2020

AMELIE97
1 | 10.01.2020, 09:03

Bonne année Charlotte,
Les femmes de ma génération ont été convaincues (et le sont encore en leur for intérieur) qu'elles ne peuvent pas faire ceci, cela ...que les hommes peuvent faire. ça, on n'y peut pas grand chose. Je me rends compte que je suis passée à côté de chances exceptionnelles dans ma vie professionnelle parce que je me pensais incapable d'assumer des responsabilités traditionnellement dévolues aux hommes et que l'on me proposait sur un plateau d'argent. Or, je me suis rendue compte bien plus tard que je possédais bien les qualités requises.
Du côté des hommes de ma génération, et actuellement sur le site, je me rends compte aussi qu'ils sont conditionnés dans des schémas qui font leur malheur, en particulier en vieillissant... Parce qu'à ce moment là, la différence sexuée a peu d'importance, et la fonction sexuelle, elle-même, qui est ancrée dans des schémas mentaux conservés dans un âge avancé alors qu'elle est dans l'application vouée à l'échec dans sa traditionnelle activité virile érectile (qu'est-ce qu'on en a à faire, mais ça le faire comprendre à un homme, il faut s'accrocher !!!) malheureusement casse de ce fait le rapprochement sentimental et constructif et intelligent du couple en longévité active et saine de notre époque. Nous nous refusons notre découverte humaine totale à cause de clichés acquis réducteurs, oui c'est vrai. Le biologique, c'est ce qui nous fait vivre, et il faudrait nous accepter en êtres humains si riches de potentialités hommes et femmes sans vouloir nous enfermer dans des stéréotypes qui nous empêchent de nous découvrir, de nous compléter, de nous aimer. Et ce, sans penser trop à "je suis femme' " "tu es homme", non... pas au quatrième âge... A ce moment-là, nous entrons dans l'ère du constructif, à nous de le construire.