Ces métiers cultes qui disparaissent

Ces métiers cultes qui disparaissent

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« Nouveaux temps, nouvelles mœurs » dit l’adage. Alors que de nouveaux métiers apparaissent, d’autres, depuis des décennies, ont disparu ou tendent à disparaitre, tel le beau métier de cordonnier. Les progrès techniques et l’amélioration de la productivité ont bouleversé notre vie mais également celle de certains métiers.  Nous évoquerons tout particulièrement dans cet article le métier de cordonnier, aborderons la disparition totale et l’avenir hypothétique de certains métiers, ainsi que les métiers artisanaux traditionnels encore présents dans des pays en développement comme le Maroc.

 

Le métier de cordonnier

Le mot « cordonnier » vient de « cordouinier », de l’ancien français « cordoan » c'est-à-dire « cuir de Cordoue », en référence à la ville espagnole dont le cuir était très réputé. Ce sont les Maures qui occupaient alors le territoire, qui y apportèrent leur savoir-faire, du Maroc en particulier. Jadis, les cordonniers étaient considérés réellement comme des artistes ! A l’époque de Louis XIV et XV, les souliers portés à la Cour de France étaient de véritables chefs-d’œuvre. Louis XIV honorait le mérite de la corporation des cordonniers dans la personne du Sieur Lestage, établi à Bordeaux à l’enseigne du Loup botté, et il nomma d’ailleurs ce dernier cordonnier royal. Au XVIII et XIXe, c’était la botte qui, élégamment arborée par Napoléon 1er, triomphait. Avec le temps, la botte s’est s’assouplie et a diminué en proportion. Sous le second Empire, la bottine pris le dessus ; en cuir ou en tissu, ornée de broderies ou de galons et avec des talons. Être cordonnier, à cette époque, c’était non seulement réparer les chaussures, mais aussi fabriquer des souliers neufs, souvent dans une échoppe très étroite. La fabrication industrielle des chaussures au XXe siècle a entrainé peu à peu la disparition du métier de cordonnier.

 

Métiers révolus ou en voie de disparition

Gainsbourg avait rendu hommage au métier de poinçonneur dans une chanson, dont voici un extrait :  « J’suis l’poinçonneur des Lilas, le gars qu’on croise mais qu’on n’regarde pas ». Le poinçonneur avait pour tâche de vérifier que les usagers possédaient le bon titre de transport, et de le composter avec un poinçon. Le métier a été remplacé par le composteur automatique. Très courant au XIXe siècle, l’allumeur de réverbères s’arrêtait à chaque réverbère pour éclairer une à une leurs chandelles. Ce métier a disparu avec l’apparition de l’éclairage électrique. La blanchisseuse ou « lavandière » lavait les vêtements, à la main au battoir et en lavoir. Les lavoirs ne sont désormais plus que des symboles du passé et des curiosités touristiques. Souvent symbole de pauvreté et de conditions de travail déplorables, le travail de mineur a, dans nos sociétés occidentales, heureusement disparu. L’opérateur d’ascenseur avait pour charge de choisir l’étage du passager, d’ouvrir et fermer la porte et de s’assurer de la sécurité de tous. Rechercher les sources d’informations diverses à la bibliothèque dans une école n’est plus qu’un souvenir puisque ces sources sont désormais accessibles directement sur Internet. Les agences de voyages sont déjà largement concurrencées par les sites de réservation en ligne et tendent, elles aussi, à décliner. Et le métier de facteur, est-il lui aussi menacé de disparition ? : pratiquement plus d’envois de cartes postales, paiement des impôts et factures diverses effectué en ligne ; Internet a également bouleversé notre rapport au papier et freiné la charge de distribution du courrier. Qu’en est-il des chauffeurs de taxi ? Seront-ils remplacés dans le futur par des voitures automatiques, sans conducteur ?.

 

Métiers traditionnels subsistants au Maroc

De nos jours, les usines qui fabriquent les chaussures laissent aujourd’hui peu de chance aux petits artisans. De surcroît, les chaussures d’aujourd’hui sont généralement jetées plutôt que réparées, dès qu’elles deviennent usées.  Ainsi devenir cordonnier dans un pays riche est plus un devoir et un héritage familial à protéger, qu’un choix personnel. Les personnes âgées sont, la plupart du temps, les seules à connaître toujours l’adresse du cordonnier…Dans les pays en voie de développement comme le Maroc, l’importance que revêt ce métier est proportionnelle à la place qu’il occupe sur le plan touristique. Le cuir marocain est en effet réputé, depuis des siècles, à travers le monde. C’est, d’ailleurs, au XIVème siècle que l’on commence à entendre parler du « maroquin », mot qui désigne le cuir de chèvre et de mouton, provenant du Maroc. Le travail de tanneur est une pratique traditionnelle exercée dans de nombreuses villes marocaines comme Fès, Marrakech, Meknès, Rabat et Tanger. Différentes peaux sont travaillées dans les tanneries : mouton, chèvre, et même dromadaire ! Il est possible de visiter la tannerie de Marrakech, mais la plus colorée et impressionnante est celle de Fès.  Attention en arrivant, on vous donne un « masque à gaz berbère », soit un bouquet de menthe à vous mettre sous le nez en raison des odeurs nauséabondes.  On y découvre dans quelles conditions les tanneurs exercent leur métier, un travail très physique et pénible, mais que le roi Mohammed VI tient à sauvegarder en vue de pérenniser des métiers traditionnels. Les métiers de l’artisanat marocain reflètent la richesse culturelle : dinanderie, poterie, ferronnerie, vanneries, etc. existent encore.  

 

Que vous inspire cet article ?  Quel type de métier aujourd’hui révolu avez-vous connu ? Y en a t’il certains que vous regrettez ? que vous avez exercés ? Faites-vous réparer vos chaussures chez un cordonnier ou bien en achetez-vous plutôt des neuves ? Merci pour vos témoignages.

 

Photo © Adobe – Auteur : Heike Jestram

 

Betty_Nelly, 22.07.2020

mamianne
2 | 28.07.2020, 11:04

Bonjour! Dans ma jeunesse, on voyait passer dans les villages, des gens du voyage qui confectionnaient des paniers de toutes formes et de toutes tailles et les proposaient à la vente! c’était leur moyen de subsistances. Dans ma région, nous avons recréez un site sur lequel nous pouvons voir évoluer les différents artisans qui recréent l'ambiance, les gestes d'autrefois. Ce site est :" le site des vieux métiers d'Azannes 55" J'y suis bénévole et je fais découvrir les travaux d'aiguilles, les draps brodés qui composaient le trousseau de nos grands mères, les robes de mariées d'époque, "on a une robe de mariée noire" robes de baptême, ETC. Sur le site, nous pouvons voir comment on fabriquait les tuiles rondes" sur la cuisse des femmes", on trouve la lavandière dans son lavoir, qui explique la fabrication de la "lessive" avec des cendres...

onyx30
3 | 26.07.2020, 23:52

Une profession en régression, le ramoneur, les nouvelles constructions sont maintenant chauffées d'une autre manière plus moderne, et donc un enchainement de disparition de job auquel personne ne pense.................le père noël..................mais par ou ce personnage mythique passe t'il maintenant ? la question est posée.
Serais - ce aussi un job en voit de disparition?
Il apparait clairement que celui de ramoneur après l'entretien des cheminées, est en nette progression dans un tout autre domaine................eh oui, sur les sites de rencontres.........., ne vous y trompez pas..........bonjour, comment allez vous.................on se voit à tel endroit,........................un petit ramonage..................merci madame................bien le bonjour chez vous.................................

Bien sur, je plaisante...........mais, ne suis pas très loin de la réalité.................oui.........il suffit de consulter certains sites, mais dont 50+ ne fait pas parti ..............................car le staff ici.......................veille, et nous l'en remercions....................!!!
C'étais ma petite note humoristique, pour en débrider certains...............LOL.

tenderly59
2 | 25.07.2020, 16:28

Excellent article! Merci chère Betty! Lorsque j'étais jeune, un métier me passionnait et me faisait un peu peur en même temps: mécanicien et chauffeur de locomotive à vapeur! Ces hommes qui passaient plusieurs heures debout sur une plateforme brinquebalante de locomotive de rapide, à 130km/heure, la tête à l'extérieur dans le vent, la pluie, ou pire, et les escarbilles qui cinglaient le visage! Ces tonnes de charbon avalées par le monstre et enfournées à la pelle dans le foyer brulant, cette surveillance de tous les instants du niveau d'eau et des manomètres, les patinages de l'hiver qu'ils calmaient avec des jets de sable et ... la propreté de leur machine astiquée avec amour à chaque gare terminus ... un beau métier, bien épuisant, mais qu'ils n'auraient échangé pour aucun autre! Rendons leur hommage à eux qui avaient à coeur de "faire l'heure" comme ils disaient ... qu'en est-il maintenant?

Pour ceux qui sont nostalgiques des métiers disparus, je voudrais vous signaler le village des Vieux Métiers" situé à Azannes, en Meuse: 80 métiers représentés en activité, 400 bénévoles: à ne pas manquer si vous passez par là!

AMELIE97
1 | 24.07.2020, 08:46

Bonjour Choupette, bonjour Kapila, bonjour ami/e/S,

Incroyable, Choupette et Kapila, cette tragédie criminelle de notre poissonnière, cela n'empêche pas que justement je me sens encore plus triste en pensant à elle. Quelle misère !!! Une courageuse comme elle. Moi je me disais que les gens auraient dû vite vite rentrer lui chauffer un café plutôt que de lui offrir le petit verre de cognac , si aisément offert à tout propos et à tort en ce temps-là.
Avant-hier soir, Kapila, j'ai lu de Cortazar la nouvelle "Coupures de presse", qui fait partie du recueil "Nous l'aimons tant Glenda", et on y retrouve la vengeance de la femme torturée à petits feux , torture dont est témoin sa fille toute petite et puis par une intervention brutale de la narratrice, il y a le renversement des rôles.. .... Nous vivons proches de gens qui souffrent horriblement de ce que les autres se contentent de relater et encore merci après tout de le relater, car cela sauve la mémoire des victimes réelles...

Ces métiers cultes dont parle cet article, nous sommes nombreux, sur le site à les avoir exercés ou à les exercer de par une passion née il y a très longtemps en nous et non exploitée. Ils ne sont donc pas foncièrement disparus quand ils suscitent notre talent manuel ou créatif. Je pense à Zazoo (façonnage du bois), je pense à Mercurio (peinture), je pense à Kapila (il doit bien sûr te rester à vie ton art de relieur), à La Puce et ses robettes en tricot, à tous les forains, dont Choupette a tellement aimé le métier et je la comprends très bien... J'en oublie beaucoup. Je pense à Furaxx et ses inventions incroyables... qui se mettent en route par les simples lois de la mécanique (mais terriblement complexes pour qui ne les comprend pas), je pense aux jardiniers et jardinières, héritiers des métiers liés à la terre, et nous avons tous notre jardin secret ou connu, en tout cas hérité de cette part ancestrale qui déborde largement de l'héritage purement familial. Je pense aux brodeuses du club... Bref, il y en a, il y en a et il faudrait un jour faire un article sur justement tous ces talents qui nous sont propres. C'est notre humus culturel profond qui ainsi survit. C'est notre amitié qui lui procure connaissance et plaisir échangés.

Ah Locronan en Bretagne ! Kapila , et bien c'est justement l'une des villes françaises impose le port du masque partout. Je viens de lire ça.
Bonne journée...

choupette56
3 | 23.07.2020, 23:22

Kapila et Amélie, sachez qu'en plus d'avoir un métier difficile, cette dame a passé 10 ans en prison et c'était bien trop cher payé à mon avis. En plus de travailler pour son fainéant et alcoolique de mari, une nuit où elle en avait ras le bol d'être tabassée, cocue et de trimer comme un âne, elle a tué son mari en lui coupant les testicules. Et oui elle avait des couteaux bien aiguisés pour préparer le poisson de ses clients. Je me rappelle même si j'étais encore une enfant que toute la population royannaise l'avait soutenue.
Sinon, moi je ne me rappelle pas de tout ça. J'habitais en centre ville de Royan et certainement que ces métiers n'étaient plus trop représentés. Je me rappelle toute petite que ma Maman posait le pot à lait sur le pilier du portail et que le laitier le remplissait tous les matins. C'est quelque chose qui maintenant avec toutes les normes ne serait plus tolérés. Il y avait aussi la porteuse de pain, les petites épiceries de quartiers mais je ne me rappelle plus d'autres vieux métiers.
Amélie, comme ta fille même si je pense avoir quelques années de plus qu'elle, n'ai jamais connu les carrioles à cheval.

rosalie39
3 | 23.07.2020, 09:23

Bonjour,

Je suis allée à GUEDELON, une association qui construit un château fort, comme à cette époque. Très instructif, les vieux métiers sont mis à l'honneur. J'ai beaucoup aimé et combien les hommes étaient plus résistants qu'aujourd'hui.

kapila1
5 | 22.07.2020, 19:24

Merci pour cet article !
J'aime bien aller à Locronan en Bretagne où la ville est restée comme au Moyen Age
( plusieurs films ont été tourné dans cette ville) les échopes sont restées les memes.
Il y a un sabotier,une dentellière,un tanneur....
Un peu plus loin,dans un petit village Argol.On y découvre les métiers de nos ancêtres avec parfois une émotion transmise par vos interlocuteurs qui sont des personnes ayant l’âge de vos grand-parents.
Moi meme j'ai commencé mon cheminement professionnel comme relieur d'art,formé par un maitre.
AMELIE J'allais en vacances à Meschers et je me souviens bien de cette poissonnière qui se déplacait en velomoteur avec sa petite remorquue




I

AMELIE97
4 | 22.07.2020, 17:50

J'ai connu beaucoup de métiers en voie de disparition ou disparus totalement. Du plus loin que je me souvienne, c'est le sabotier, dont l'atelier et même sa maison fleurent le bois des copeaux tombés de son ciseau et de sa main habile, c'est encore le maréchal ferrand avec sa forge, son grand soufflet, la flamme , tout ça lui donne un air de Vulcain et le cheval plie sa patte coincée dans une sorte de petit palan pour que le maître des lieux lui remplace son fer et il s' échappe une petite fumée et l'odeur de corne brûlée. C'est la repailleuse qui passe de maison en maison en demandant les chaises à repailler et apportant de jolis paniers à vendre après marchandage ou contre troc de poule ou d'oeufs et je la vois encore, médusée, piquer le bout de l'oeuf et l'aspirer pour le gober... C'est la poissonnière qui vient de Meschers en vélomoteur, et qui pousse son engin, le visage bleu du grand froid en criant "mououououles, creeeeevetttes", et elle fait un cornet pour les crevettes qu'on lui achète sur le pas de la porte. Un jour on la trouvera morte renversée dans un fossé. ... âme d'autrefois je me souviens de toi et j'ai des larmes pour toi. C'est le garde champêtre qui passe avec son tambour... il le frappe avec ses baguettes, ra ta pla ra ta plan ra ta plan, tout le monde sort et il crie "Avis à la population".... Il y a bien évidemment le chiffonnier qui passe avec sa charrette à bras et les jambes ballantes, à l'arrière il y a son père couvert de hardes, le visage totalement enveloppé car c'est une gueule cassée de 14 ....
Oui, bien évidemment il y a le Maroc, mais bien plus que le Maroc, il y a la Turquie et surtout Instanbul : le marchand d'eau, avec sa si belle hotte de cuivre et tous ses gobelets pendus, l'astiqueur à qui on apporte ses cuivres qu'il vous redonne nickel, le cireur de chaussures, et l'îlotier qui se signale avec sa crécelle dans les rues et vous raccompagne jusqu'à votre porte la nuit...
Ici, ce sont 3 ferblantiers seulement sur l'île qui tiennent encore comme par miracle... Ce sont surtout les tisaneurs les "tizanèrs" qui ont une carte de permis du préfet pour exercer leur savant et si précieux métier qui manque bien en France surtout depuis qu'on a interdit les formations d'herboristes... la konerie du progrès !!! Ici le progrès et le modernisme sont rois, voire empereurs, dommage, dommage, dommage.
Mais que faire. Ma fille s'est étonnée il y a quelques années quand je lui ai dit qu'on allait au marché avec la carriole à cheval.... Et oui.... ça l'a vraiment fascinée. On devrait dire cela à nos enfants et petits enfants mais la vie passe et on ne songe pas à leur dire qu'on a connu de laver le linge au lavoir ou dans le ruisseau, ou autre corvée du passé.... Mais le passé n'est pas passé sans rien dire puisqu'il y a le club des quelques 50+++++ qui se souvient...

Doubien
5 | 22.07.2020, 15:42

Je suis assez nostalgique des anciens métiers et savoirs d'autrefois.
J'ai travaillé de nombreuses années comme serrurier, à la forge comme mon père et mon grand-père avant lui !!
Mes fils sont partis sur des métiers beaucoup mieux payés. Une tradition familiale qui s'arrête.
Plus beaucoup de personnes ne sont ferronniers de nos jours, excepté quelques personnes mais qui ne travaillent presque uniquement que pour les touristes. C'est devenu, non plus un métier, mais une attraction.
C'est un métier qui tend à disparaître , tant il est facile de tordre n'importe quel bout de fer et appeler ça, "fer forgé".
Le véritable ferronnier était capable de fabriquer de véritables ouvrages d'art.
Heureusement il reste la restauration des monuments historiques pour "sauver" la profession.
Merci pour cet article.