L’univers de Rodin

L’univers de Rodin

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Son sens inné du mouvement et son génie de l'expression a fait de lui un des plus grands sculpteurs du XXe siècle. De « L'Âge d'Airain » à son « Balzac », en passant par « Les Bourgeois de Calais », toutes ses œuvres ont divisé la critique d'art, tant par le style que la méthode. Il faut dire que Rodin propose une vision moderne de la sculpture. Si cette dernière était jusqu'ici, liée à l'architecture, Rodin, comme certains de ses pères, est un des premiers à la dissocier du mur qu'elle habille. Il s’inspire dans bon nombre de ses œuvres de la Divine Comédie, de Dante Alighieri. Retour sur quelques œuvres emblématiques du sculpteur.

 

« La Porte de l’Enfer », une œuvre à la fois encensée et critiquée

Pour ce chantier titanesque, Rodin s’inspire des cathédrales gothiques et de la lecture de L’Enfer de Dante, puisée dans « La Divine Comédie », faisant porter à des dizaines de figures humaines le poids de toutes les passions et de tous les vices. Les corps sont contorsionnés de désespoir ou d’effroi, on reconnaît entre autres Paolo Malatesta et Francesca da Rimini, les amants voués à la damnation, ou encore Ugolin, s’apprêtant à dévorer les cadavres de ses enfants. Baudelaire et ses Fleurs du mal nourrissent également son imagination, inspirant des accents plus voluptueux. Commandée par l’État, le sculpteur commence en 1880 à créer une gigantesque sculpture, censée devenir la porte d'entrée d’un musée des arts décoratifs. Mais le projet est abandonné, faute de financements. Il y travaillera jusqu’à la fin de sa vie et ne pourra réaliser qu’une version en bronze, exposée en 1900, lors de l'Exposition universelle. En 1917, Léon Bénédite, le premier conservateur du musée Rodin, réussit à convaincre l’artiste de réaliser une fonte de son œuvre. Mais le sculpteur meurt avant de pouvoir contempler le résultat de ses travaux.

Bruno Mathon, peintre et critique d’art, déclarait à propos de la « Porte de l’Enfer » : « Toutes les grandes sculptures de Rodin sont dedans et certaines choses de Camille Claudel aussi. C’est cette œuvre fusionnelle, qui aurait pu, si Rodin avait laissé à Camille Claudel plus de place, être signée par les deux. C’est là où l’œuvre est aussi intéressante, parce que la part de Camille est cachée. »

 

 « Le Baiser », l’incarnation de la sensualité

Le corps est au centre de l’esthétique dans les œuvres de Rodin, dans toutes ses composantes, y compris les plus sensuelles. Par le travail sur les textures finement polies des chairs, ses sculptures incarnent sensualité, désir et force érotique : corps abandonnés, cambrés ou accouplés. « Le Baiser » représente la passion interdite et tragique entre Paolo Malatesta et sa belle-sœur, Francesca de Rimini, coupables du pêché de chair, qui furent assassinés par le mari de la jeune femme. Cet épisode de la Divine Comédie inspira énormément Rodin, d'autant qu'il vécut lui-même une passion interdite avec Camille Claudel… Si la sculpture doit initialement faire partie de « La Porte de l’Enfer », il décide finalement d'en faire une œuvre autonome et crée plusieurs exemplaires en plâtre ou en terre cuite. Le succès est tel qu’en 1888, le gouvernement français en commande un exemplaire en marbre. N’étant pas lui-même sculpteur de marbre, Rodin employait des sculpteurs-praticiens, les dirigeait ou corrigeait si nécessaire. Une technique souvent reprochée, ses détracteurs arguant du fait qu’un véritable sculpteur doit savoir tailler le marbre… L’œuvre entra dans les collections du musée du Luxembourg en 1901, puis fut transférée au musée Rodin en 1919.

 

 « La Danaïde », représentation du désespoir

Avec sa sculpture « La Danaïde », (nom d’une des filles de Danaos, dans la mythologie grecque), conçue vers 1885, le sculpteur aborde le thème de l’épuisement et du désespoir à continuer une tâche sans fin. « La Danaïde » est épuisée, son eau coulant de sa jarre (celle-ci sans doute cachée sous son corps fatigué) se confond avec sa chevelure éparse qui tombe sur la partie du marbre laissé brut. Un contraste de douceur et de dureté. La jeune femme est représentée nue, à genoux sur le sol et le visage dissimulé par une longue chevelure. Une posture traduisant l'abandon et le désespoir, et invitant les contemplateurs à une forte empathie.

 

« Le Penseur », une sculpture humaniste

D’abord partie de « La Porte de l’Enfer », l’œuvre ne tarde pas à devenir autonome. « Le penseur », surplombe la fameuse porte et semble scruter l’ensemble de la fresque infernale, observant les âmes damnées, torturées, comme s’interrogeant sur la condition de l’humanité. À la pose méditative vient s’ajouter une imposante musculature qui donne au personnage une sensation de puissance. Malgré une position immobile, l’étrangeté de la posture confère au bronze un certain dynamisme. Après avoir provoqué des huées, les louanges finissent par l’emporter et, en 1902, un premier moulage en bronze est réalisé et placé devant le Panthéon. En 1922, il est déplacé à l’hôtel Biron, un des deux sites du Musée Rodin. « Le Penseur » surplombe la tombe du sculpteur à Meudon.

Le musée Rodin assure depuis 1919 la conservation et la diffusion de l’œuvre de l’artiste, à travers ses deux sites, l'Hôtel de Biron (rue de Varennes, Paris) et la villa des Brillants (Meudon, Hauts-de-Seine). L’établissement conserve une collection composée de milliers de sculptures, dessins, photographies anciennes et autres objets d’art. Si le site de l’hôtel Biron met en exergue le génie de l’artiste, le site de Meudon offre un regard beaucoup plus personnel sur le personnage : sa demeure, ses meubles, des photographies, ainsi que sa tombe dans le jardin.

 

Aimez-vous la sculpture en général ? Qu’évoquent pour vous les œuvres de Rodin ? Avez-vous eu l’occasion d’admirer une de ses œuvres ? Vos témoignages nous intéressent !

 

Photo © Adobe – Auteur : dbrnjhrj 

Betty_Nelly, 17.02.2022